jeudi 13 décembre 2007


MONOLOGUES D'ASCENSCEUR


LUNDI je n'ai plus le droit de prétendre écrire. j'y ai beaucoup pensé. je ne me sens pas digne de ce mot. le matin, cachée dans mon manteau, l'ascenseur me fait grimper cinq étages. dans cette cage, il y a toujours beaucoup de choses qui se mettent en place. ou qui essaient simplement. des morceaux de la nuit et du jour qui achèvent de s'emboîter les uns dans les autres. des bouts de moi qui essaient de recomposer le visage que je dois montrer. je n'avais jamais cru à cette netteté du matin. aux lumières blanches et au soleil sur le département quand il n'y a personne. j'y pense parfois en regardant les étages défiler, que ça doit être bon signe; on dirait que je rentre chez moi. mais jamais tout à fait. derrière les portes, il y a un bel homme nu au corps d'apollon, et au visage grec; quelle femme désirerait autre chose? (clic) / MARDI il y a tant de belles choses, mais le matin est cru et vrai. il donne de grands coups de marteau dans les rêves et les choses auxquelles on se rattache ont bien peu d'importance. comme c. dirait si bien... j'ai souvent pensé à ce que je lui dirais, à lui, pour justifier l'importance de ses mots. j'ai inventé des millions de monologues mais je sais très bien que je n'en dirais jamais rien. il n'aurait pas compris le poids de ce qu'il écrit, on en a jamais bien conscience. évidemment. quand on est un génie on n'en a jamais conscience. enfin, je crois, je ne saurais jamais. et je n'en aurais jamais le courage, aussi. il y a tellement de jamais ce matin qu'on dirait que le futur n'existe pas. il n'est qu'un amalgame de portes closes et de possibilités bouchées... de choses intouchables qui me regardent de haut, et auxquelles je n'ai pas le droit de toucher. je ne suis pas digne d'écrire ce genre de choses, ça me semble appartenir à une classe supérieure, j'ai les bras coupés et je suis impuissante... / MERCREDI tout a un curieux air et goût de plastique, ma tête, mes mains et mon coeur. les choses qui me touchent passent toujours en courant. je les regardes, wavin' goodbyes. elles sont aussi bilingues. et vite disparues. elles sont un symbole pour tout le reste pour lequel je n'ai pas d'excuses./ JEUDI tu vois... mon dialogue intérieur existe toujours même s'il n'as plus la même texture. j'ai toujours peur qu'il s'en aille et que je deviennes vide et terne. je suis déjà froide et amère. et c'est pour ça que je vais bousiller ce qui pourrait être le meilleur souvenir de ces deux années. je ne veux partager ce moment avec personne. il y a déjà presque trois mois que j'aurais dû écrire cette phrase, mais j'attendais qu'elle se noie dans un ensemble pour que l'on ne la questionne pas. je n'avais pas le courage de faire autrement. je n'avais pas le courage de me rappeler combien amère je suis devenue. je n'avais pas le courage de te dire combien égoïste j'étais devenue. l'autre jour, je me suis enfuie de mon cours pendant qu'il parlait. je ne supporte plus qu'on me dise ces mots. je ne supporte plus qu'on me nomme ces endroits, je ne supporte même plus la simple vue du mot, de la ville, du pays ou de quoi que ce soit qui pourrait avoir un lien, si étroit soit-il, avec tout ça. je ne supporte plus qu'il nous vante versailles, l'orangerie ou orsay. ou le louvre, ou notre-dame, ou le moulin rouge, ou montmartre, et dieu sait quoi encore. il parle et j'ai cette colère hurlante au fond des tripes. à chaque fois que je repousse la date, j'ai l'impression de faillir.... / VENDREDI c'est demain. je sais déjà ce que j'aurai en tête, les mains au fond des poches et ce faux-air sain et calme.
j'ai écrit la première phrase et j'ai tenter de me convaincre qu'elle était fausse par le reste. en vain.


*marie-annick lépine - cette jolie photo d'elle*

Aucun commentaire: