vendredi 29 août 2008


je reste là à regarder la date et à ne rien faire alors que j'ai des tas de mots à l'intérieur qui poussent et qui poussent et qui ne trouvent plus la sortie. le vent est froid dans le matin sombre et les temps d'automne commençent à revenir avec les odeurs poisseuses des couleurs ternies. et celles des parquets cirés, des moquettes moisies et des murs de chaque pavillon, où l'odorat vous fait trouver votre chemin. même si dans l'absolu, votre chemin, vous ne le trouvez jamais.
le pouls de la vie est si sourd que je ne le saisis pas. le pouls du temps qui passe dans un hâlo, dans une vitre givrée. le pouls comme le battement de pas frénétiques, d'aller et de retour incessants, d'occupations vagues. le pouls de la vie est le résultat de la soustraction de toutes les actions que l'on oublie de faire, des paroles que l'on omet de dire, et de toutes les choses importantes que l'on relègue au second plan, c'est la soustraction des non-dits et des non-accomplis, des sièges vacants, des pensées qui s'avortent, des oeuvres mortes-nées, à l'infime parcelle d'accomplissements et de gratifications, de réussites. le pouls de la vie est toujours négatif. toujours à contretemps. le pouls de la vie est une note de contrebasse écrasée par des doigts trop lourds.
j'ai bien peur de m'être accrochée trop longtemps aux mauvaises personnes et aux mauvaises choses. il est temps de remettre tout à zéro, de goûter chaque seconde et de comprendre ce que sont les choses importantes. l'art peut toujours attendre. il a besoin d'air, de yeux, de sons. je l'étouffe, je m'acharne, je le détruis, le désintègre, le blesse, le froisse et je m'enfuis. et quand je reviens, je prie, j'espère, j'attends mais je ne récolte jamais que les fruits de ma colère et de ma rage. la frustration n'entraîne jamais rien, sinon que le pouls de la vie devient constamment de plus en plus sourd. les doigts sont de plus en plus lourds sur la contrebasse, et sur tout le reste. la main pèse comme un fardeau pour tout saisir, le bon comme le mauvais.
le cercle se referme et tourne sur lui-même, insensible aux changements, aux imprévus, aux fondements mêmes de l'existence, et celle-ci devient le temps qui passe dans un hâlo, dans une vitre givrée. elle devient toutes ces choses qui avaient l'habitude de vous faire rire ou pleurer, et qui sont désormais dans un état mitoyen, médian, tel un spectre, une présence réelle mais sans intérêt. et l'art ne naît jamais de cela. comme la compassion, l'amour, l'amitié réelle et sans réserve, la peine sincère et profonde, le désespoir terrible des jours où rien ne va. rien n'y naît, comme aucune émotion ne naît dans un cerveau balancé chimiquement, dans un coeur caché sous des énormes replis de peaux cornées et dures comme un bouclier.

Aucun commentaire: