ça fait tellement longtemps que je n'ai pas écrit que j'ai du mal à me rappeler de ce que ça fait d'enfiler les mots les uns derrière les autres, comme pour coudre avec une immense aiguille imaginaire. ça fait tellement longtemps que je n'ai pas ouvert un livre que j'ai du mal à me rappeler de cette décharge émotionnelle qui vous frappe droit au coeur, cette persistance du mot juste dans votre crâne, quand c'est bien dit c'est si bon.
on me répète de m'arrêter devant les couchers de soleil et les passages de gens en coups de vent dans ma vie, mais on oublie toujours que ça me brise le coeur. je commence à penser que tout ce cirque n'est pas pour moi, que cette vie me pèsera toujours. on me dit d'attendre, de m'ouvrir à tout et de ne pas me bloquer, de ne pas me construire une prison dorée dans laquelle me cacher du monde, et paradoxalement, on ne me laisse pas le temps. il faudrait s'ouvrir à tout, à trop et trop vite, il faudrait absorber chaque moment comme une inspiration, il faudrait la recracher en oeuvre d'art comme une expiration.
l'expiration de quoi, au juste?
c'est une fatigue constante, un poids qui vous suit et qui me fait un peu mal aux cheveux. ma tête est une immense pompe qui puise au fond de moi tout ce qu'il faut pour subsister, c'est un effort de dernière minute, un sprint de fin de parcours. mon art n'est qu'un instinct de survie. des automatismes qui sont devenus routiers et qui s'annulent au fur et à mesure.
je me demande si ça en vaux bien la peine.
je me demande si ça en vaux bien la peine.
je ne pense plus à rien, qu'à peine aux rues grises de montréal et des six étages de buildings qui se perdent dans le brouillard. le regard à peine vague des étrangers, les bancs de plastique du métro. tout à coup, il est vrai, on respire difficilement. juste un moment. elle disait: c'est bizarre, je ne suis pas libre. je disais, c'est faux. la liberté sens meilleur ici, je vais m'y plaire. tu t'y feras aussi. un jour, tu cesseras de sourire et ça ira fort bien.
tout a une teinte grise verdâtre bizarre qui me plaît bien. un peu bleutée sur les bords, il est vrai. à peine bleutée sur les bords. tout à la teinte de l'oxydation et des années, je sens la texture du cuivre ravagé, rongé sur le bout de mes doigts.
quand il pleut, la chaleur remonte du sol et émane des feuilles d'arbres comme si la terre était entrain de bouillir. la ville entière est dans une cocotte minute qui brasse toutes sortes de vapeurs.
mes vapeurs...
je ne sais plus trop.
je me demande si ça en vaux bien la peine.
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