
je ne sais pas trop quoi dire, c’est peut-être des poussières de rêves brisés qui me tombent encore dans les yeux et m’empêchent de voir. c’est l’automne maintenant, c’est le moment où les gens se font à l’idée, l’idée de cette nouvelle vie, peut-être, sinon de la routine qui a repris avec la chute de l’été. les beaux jours ont raccourcis par-dessus la colline, on ne les vois plus. les matins commencent à être gris, ce gris morne qui annonce le grand noir de l’hiver. dans les maisons, on fait des conserves de légumes couleur terre et des confitures de fruits gorgés d’eau, des vieux réflexes de l’époque de nos ancêtres, des hivers longs et durs de la nouvelle-france qui ne ressemblaient à rien d’autre. c’est le moment où l’on se résigne, où l’on range les rêves au tiroir, il me semble, les plans fantastiques faits avec les beaux jours. moi, je tape mes bottes sur le pavé, mains dans les poches, j’ignore ce que je fais ici, encore, tout comme j’ignorais ce que je faisais là-bas.
j’ai envie de tout quitter, encore, mais pas la force. il ne me reste que ta présence, comme un prix de consolation. j’espérais revenir, me lover dans tes bras, attendre que la tempête passe et peut-être mieux voir. savoir. dépoussiérer mes souvenirs, dégager le sordide du tragique, du pathétique, et un peu de la beauté de la ville trépidante, des arrêts de bus et de métro bondés, du pub du quartier rosemont où il n’y a que des gens de théâtre qui te paient des verres pour une larme ou pour un rien. j’espérais me lover dans tes bras, te raconter tout ça avec des perles au bout des cils pour un temps, puis revenir à l’essentiel. toi. cette chaleur calme et tranquille qui m’a fait tomber en amour avec toi. je ne la trouve plus. c’est peut-être ta routine, ou sinon c’est la fin du rêve, brisé comme tout le reste. je devais partir, et toujours te retrouver. je devais partir pour quelques temps, plus que quelques semaines, moins que quelques années, aller vivre tant de choses que je ne sais même plus imaginer. je devais revenir à toi. quelque part, quelque part entre bruxelles et montréal, je me suis rendue compte qu’il y avait quelque chose de nouveau sur la liste des choses qui m’importent, sur la liste de mes priorités, de celles qui transforment le cours de l’existence. un petit nom de deux lettres, diminutif banal et pourtant amoureux, deux petites lettres dansantes qui me semblaient toujours plus faciles que ton nom en entier.
en cet automne frissonnant, je ne sais pas vraiment quoi attendre de toi, comme je ne sais plus quoi attendre de moi-même. il fait froid, il fait gris, il fait comme des cristaux de neige sous ma peau et un peu de pluie sur mes paupières.
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