samedi 18 septembre 2010


il ne faut jamais revenir. je l’ai enfin compris. quand on part, il faut rester loin. trouver un semblant de confort dans les choses qui nous entourent parce qu’elles sont inévitables. continuer. faire avec. je me sens en exil, à quelques heures à peine de chez moi. je me sens comme étrangère, mais résignée.

j’ai perdu les bons mots pour la littérature, comme une langue que l’on n’utilise plus. ça reviendra peut-être. en même temps que toutes sortes de rêves qui m’ont quittés, des illusions qui ne veulent plus dire grand chose, des idées plus grandes que soi. la vie m’appraraît de plus en plus comme une crêpe plate sur laquelle s’étalent nos idéaux pour s’anéantir bêtement. c’est sûrement ça être adulte. ne plus croire aux miracles et à la dévotion. se rendre compte qu’à tout donner, on se tue. et que rien de bon n’arrive jamais quand on se tue.

avant de partir, on a fait comme l’an dernier, avec k. sortir, arpenter la ville, le vent froid du large, les heures tardives.


words are real, words are strong,words are forever.

l’écouter parler aidait à recoller les morceaux. entendre des vérités émerger du vacarme, des bruits qui vont et viennent toujours dans la nuit. des mouvements comme des vagues, ce schéma dans notre adn. comme si venir de quelque part finissait par le graver en nous, l’ancrer si fort que ce n’est plus nous qui l’habitons, nous sommes habités par la mer, qu’il dit. elle nous contrôle, elle nous brise. je suis revenu à elle, j’ai tout plaqué. il a des grandes mains et des yeux comme des fantômes. loin. il apparaît comme apparaissent ces gens bizarres dans les bars quand on ne les attends plus. moi aussi, j’ai tout plaqué. c’est correct, quand la musique est trop forte, je suis capable de le dire et ça ne fait plus de différence. quand les gens bizarres sortent dans les bars, ça n’en fait jamais , car tous les malheurs sont semblables et il n’y a rien à justifier. quand on se connaît que par de vagues souvenirs qui ne sont peut-être que des impressions, jouer à garder une façade est vain. alors, il croise ses grandes mains, et dit, en vérité, je suis sur que tu fais quelque chose de bien. ça ne me fait rien de tout casser, de dire que j’ai fait comme la marée, je suis partie loin pour toujours revenir m’échouer ici, coller sur les rochers, aller un peu plus loin pour me briser plus fort. tout le monde tape des mains, on fait tous pareil. on habite ce paysage et c’est lui qui nous prends, nous emporte loin et nous ramène ici sur ces rives, dans ce bar moche, à cette table. son ami a les yeux épars, la langue épaisse comme un vieux bougre. il dit, toi, tu as une qualité que je respecte, c’est l’honnêteté. tout le monde tape des mains, c’est facile, avec des rêves de haschich et de pintes de bière. trop facile, l’honnêteté, c’est après, demain, dans cent ans, l’honnêteté, c’est tous les jours. le vent est chaud, pas trop longtemps, ici, il devient froid toujours quand il vient du large. la musique est trop forte pour se parler vraiment, alors on crie, crie des confidences qui ne s’entendent pas. ça a un sale effet, libérateur et absurde, de mettre en mots toutes ses choses qui sont en soi et ne sont jamais remontées à la surface. il hoche la tête, ses beaux yeux disparaissent encore plus, noyés dans les pichets et les shooters de vodka. c’est un de ces soirs magiques qui s’étirent dans la nuit. des tempêtes qui s’évaporent et des mots qui restent. il s’est mis à tomber des clous, j’ai fumé des clopes, il a mangé un hamburger. ça va. même si on revient toujours dans ce bar miteux comme la marée revient sur les rives. c’est un musicien, moi je ne sais plus, mais ça ira. les confidences sont dites et absorbées mutuellement. elles sont quelque part entre un fantôme de bord de mer et un homme que je pense avoir vaguement connu. nous sommes habités par la mer, qu’il dit. elle nous contrôle, elle nous brise. dans la grande ville, elle sera toujours manquante, elle t’empêchera de respirer. ce schéma dans notre adn, comme un chromosome de trop. c’est comme ça. moi ça fait déjà un moment que je ne le vois plus, je m’accroche à k. et ne restent plus que ses deux grands yeux flous, des yeux de sage et de fou.

je suis ici, 300 km plus loin. loin. loin du large, du soir froid, de l’immensité. il ne faut jamais revenir. dehors, il y a des gens qui gueulent. qui gueulent fort, comme des cons, pleins d’alcool, de pintes de bière et de haschich. la ville suinte, c’est dégueulasse, je suis transie par cette espèce de transpiration dégoutante. promiscuité des êtres, dans des faubourgs sinueux, sans arbres, sans eau et sans vie. c’est ma dernière bière, peut-être, je vais me coucher dans mon bateau ivre, et rêver que je navigue jusqu’aux côtes de la pointe-au-père, et les yeux du phare centenaire seront deux grands yeux bruns flous dans la nuit.


1 commentaire:

victimoffate a dit…

waouh! chouette surprise...tu reviens?