dimanche 21 décembre 2008




tout se mélange et se confond. j'ai beau jeu de (re)commencer à écrire avec une affirmation si vague. j'ai beau jeu de recommencer à écrire, point. 

je ne sais pas pourquoi je dis, recommencer. on dirait que je n'arrêtes jamais vraiment. quand je marche sur les trottoirs, le soir, et que l'eau de pluie glace sur l'asphalte, en fait une patinoire géante, j'écris toujours. quand je peins, lentement, méthodiquement, avec ce silence recueilli qui me fait penser à rien, j'écris toujours. tellement que je ne sais pas ce qui est sensé se trouver dans la tête de l'artiste lorsqu'il peint. tellement que je ne sais pas si je peins pour écrire, ou si je peins ce que je ne peux pas écrire. 


l'autobus roulait dans le silence, le siège n'était ni trop peu, ni trop confortable. l'autobus roulait dans le silence et dans le noir, la buée commençait à se condenser sur les vitres, brouillant toutes les visions, tous les arbres, les forêts sombres où tous les mystères sont tapis, les toits des maisons couverts de neige. quelque chose de surréel.. un peu hors du temps, un peu à côté de tous les soucis. les kilomètres se multiplient depuis quelques semaines, les allers et les retours pour toutes ces villes qui m'apparaissent aussi lointaines que familières, tous les allers et les retours comme des quêtes minuscules avant le grand voyage. 

les rues de québec sont glacées après la pluie, les rues tourbillonnantes de la basse-ville elles aussi comme des patinoires. les petites maisons bleues de colons parées de lumières et de pièges à touristes. la grande gare du palais avec ses plafonds en colonnes dorées... k. et moi marchions sur la rue st-paul, en fin de journée, les travailleurs sortaient du boulot, empressés, empesés de sacs, les lumières de noël luisent dans le ciel sombre... et sous le viaduc éclairé quelques brins de neige tombent sur la ville, sur la ville immense et saturée, la même paix me remplit, la même liberté. je ne suis pas libre. si, pourtant. 

l'autobus roule dans le silence et égraine la distance. revenir chez soi n'égale pas revenir à soi, j'en ai conscience. il est temps de partir d'ici. 


je ne sais pas pourquoi je peins, je ne sais pas pourquoi j'écris. je ne sais pas si ma douleur à le faire est légitime, je ne sais pas si elle me détruit. quand je pense à tout quitter, je sais toujours que je ne le ferai pas. je ne sais pas si c'est lâche d'y penser au lieu de trouver une façon de bien vivre avec la création. avec les gestes incohérents que l'on pose pour elle, avec les sautes d'humeur, avec la solitude. pour moi, elle devient inévitable. je ne peux pas penser à l'amour, pas comme ça. je ne sais même pas si je peux y penser, de quelque façon que se soit. 


dans l'autobus, il y avait toutes sortes de gens. deux gamins qui ont déjà beaucoup voyagé, à les entendre se parler de tampa, de los angeles, de new york. ils mangent joyeusement leur mcdo en guise de souper, le sac sur les genoux. il y a une jeune fille, qui dors dans ses habits d'hiver. elle est montée à rivière-du-loup en embrassant son copain au terminus, depuis, elle n'a pas bougée. deux vieillards se racontent leurs courbatures. à la gare de québec, un garçon attendait, avec un gros sac de sportif et un bâton de hockey. il attendait en silence, avec sa posture qui trahissait son sport. ils ont tous la même allure, la même façon de marcher, de parler, de regarder autour. j'ai cherché son équipe des yeux, mais il n'en avait pas. à rimouski, il est descendu appeler un taxi, il a attendu seul dans le froid. j'ai su plus tard qu'il avait été rappelé d'un autre club, il venait tenter sa chance. ça m'a fait sourire. k. et moi avons parlé de choses et d'autres, de nos vies, de l'art un peu, de l'avenir. jusqu'à ce que je m'endorme en écoutant bright eyes et que la lueur de mon ipod ne fasse qu'un petit halo au creux de ma main.


je ne sais pas pourquoi je m'attache à ces choses matérielles, aux objets d'art que je construis, aux objets d'art que je conteste, que je refuse, mais que je ne peux me résoudre à détruire. à laisser aller... «l'installation est un art éphémère, voué à la destruction, de la main de l'artiste ou des forces en présence.» et que faire, si l'artiste n'a plus le coeur à la destruction? si cet attachement sentimental était à la vérité, justement, cette prison dorée que je me suis construite, qui me tire en arrière? 

j'ai à faire le deuil de bien des choses. 


c'est le moment de l'année pour les regrets, il faut s'y faire à l'idée. j'ai pensé à étienne, mick, gabrielle, mais aussi julien, esteban, will et lisa... à quoi bon mettre des petites lettres qui veulent toujours dire la même chose. j'ai pensé à envoyer des cartes de voeux pour noël en descendant de l'autobus, mais le temps à passer trop vite. juste des emails, des objets auxquels on ne s'attache pas.



*mogwai - take me somewhere nice*




2 commentaires:

Anonyme a dit…

woh marie ! :)
ici agnès, je sais pas si tu te souviens de moi.. je passe par hasard ici.. ça fait longtemps.. que deviens-tu ?
agnes17102@hotmail.com
si ça te dis qu'on se donne des nouvelles :)
bisous !

Anonyme a dit…

Marie! goodmarie! ^^

ça fait si longtemps que je n'ai eu de tes nouvelles!!!

comme la demoiselle qui me précède je te laisse mon nouveau mail si jamais un jour ça te dit d'échanger quelques mots. salo-divin@hotmail.fr


au plaisir.
Will