samedi 11 avril 2009




hésiter entre mordre et embrasser, sans savoir où aller, sans savoir comment retenir la ficelle pour ne pas qu’elle nous échappe. elle glisse déjà, ce n’est pas la peine. j’ai des vestiges de bars bruyants sur la peau, d’amies un peu saoûles et de fatigues accumulées. j’ai les bretelles tombantes et tes doigts sur mon épaule. je vois le temps qui défile, les choses qui fuient doucement, les jours qui s’égrainent avant le grand départ pour l’autre côté de l’atlantique. j’aimerais te plier en quatre et te mettre dans ma poche, t’amener avec moi partout. tu le sais. 

j’ai encore les mots dans la tête, cet avertissement déguisé. la vieille dame assise à la galerie, la vieille dame millionnaire, investissant dans l’art à coup de tàpies, de ferron et de lemoyne. elle disait que quelque part, en étudiant l’histoire de l’art, elle fût pris d’une grande humilité et avait abdiqué la production, reconnu que le talent ne l’avait pas frappée, reconnu que d’autres sauraient mieux qu’elle comment peindre, comment sculpter, comment créer. le regret perlait sur sa peau. j’ai pris peur. peur de mes propres moyens, peur de ma propension à quitter. peur de la lettre de l’université concordia épinglée sur mon babillard. peur du chemin, de l’incertitude, des demandes de subventions.
peur des immenses toiles qui remplissent ma chambre, peur de l’exposition qui rendra légitime l’étiquette que l’on me pose. 

artiste. et puis quoi.
amoureuse, peut-être. 
aujourd’hui, ça me semble moins douloureux. beaucoup moins. 

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