
plus le monde tourne, plus tout ce que je vois me semble absurde. se faire réveiller par le glapissement de la télé qui crache des inepties sans nom. se réveiller en pensant dormir, en pensant être en plein milieu d’un rêve obsessif où les supposés héros d’aujourd’hui se font traîner dans la boue par des journalistes au plaisir malsain. se faire remplir les oreilles du talking de la radio annonçant une petite fin du monde, écouter les gens monter en épingle une histoire morte-née dans un verre de bière. j’ai beau m’ouvrir les oreilles le plus que je peux, ça ne me rentre pas dans le crâne. il faudrait un immense cône de métal pour y pousser les mots, un entonnoir géant pour assimiler tout ce qui se dit. aujourd’hui, ça ressemble à hier, ça ressemble surtout à demain. j’imagine les headlines dans dix ans, dans vingt ans. j’imagine le journalisme à l’ère de nos enfants, ce sera le balbutiement incohérent d’une jeunesse dopée au sms et à msn. voyez déjà comment les mots sont pauvres… des acronymes qui ne veulent pas dire grand chose, amputés de voyelles. un alphabet dansant sur trois lettres.
j’ai la tête qui bouillonne d’un mal constant. une douleur dans les coins, un élancement comme la vibration d’un speaker de concert rock. j’ai été trop longtemps sous sédation, transfusion-ipod. matin, midi, soir, l’appareil ne me quitte jamais, tellement qu’il semble collé à ma peau. je fais des rêves aseptisés, éveillée dans une salle de classe chaude et poisseuse. la joue me colle dans la main et je cligne des yeux mollement. il y a une espèce d’absurdité dans ce monde, et vous ne pouvez pas dire le contraire. il y a une espèce d’absurdité qu’on essaie d’éradiquer par tous les moyens, en courant à droite à gauche, une espèce d’absurdité que l’on encourage tout de même en s’abreuvant à la source de la stupidité, au torrent même de conneries qui se déversent sur toutes les chaines.
la révolte est vaine et usée, ce n’est même pas une révolte du tout. c’est plutôt un spasme, un spasme conventionnel, un spasme de bien-pensant. de temps en temps la conscience se réveille et lance un ultime cri avant de se rendormir pour cent ans. de retomber dans un mutisme moribond, usé à la corde. un mutisme coupable peut-être, mais la culpabilité est devenu un sentiment si confus et vague qu’on ne le remarque même plus. le monde continue à tourner et la culpabilité s’estompe à mesure que les nouvelles sont mises sous presse. il y a toujours quelque part où grappiller quelques mots, quelques scandales juteux, dégoulinant de saveurs.
j’ouvre tous les livres et je les oublies ouverts quelque part, sur tous les bancs et les tables. de temps en temps je relis des phrase ça et là, l’abstraction des mots qui entrent en moi me calme. c’est un remède de vieux fou. guérir le mal de vivre par la littérature. je ne suis pas certaine que cela fonctionne, mais je préfère toujours les vieux fous aux jeunes écervelés.
1 commentaire:
Ce sentiment n'apparaît pas à visage découvert, mais se cache derrière certains comportements répétitifs que l'on peut repérer soi-même.
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